Lettre au Roi du Congo

Congo, coeur d'Afrique et terre d'avenir

Congo, coeur d’Afrique et terre d’avenir

Offre d’emploi dans la cour royale

Ô Roi ! Votre honneur ! Votre majesté ! Bonjour,

Cette adresse vous est destinée directement car j’y attache une grande importance. Des jours se sont écoulés, des mois sont passés et des années sans que personne ne réponde à votre demande. Cette offre dans laquelle vous dites: «J’ai besoin de quinze Hommes pour mener à bon port la destinée de mon royaume, le Congo». Je dois dire que cela m’a profondément touchée. Je me résous de postuler à cette vacance qui visiblement est à l’aune de tous les maux qui saignent cet immense et riche royaume au cœur de l’Afrique.

Qui suis-je d’abord ? Il me semble que cela importe peu à vos yeux. Par contre, vous avez besoin de savoir ce que je suis à même de faire, d’innovant, d’exceptionnel dans votre grande cour royale, que vous dirigez de mains de maître pour le bonheur de tous vos sujets ; ou faisons usage de la modestie, de tous vos administrés.

Comme tout sujet soucieux de l’essor de son royaume, j’ambitionne ce poste pour des visées multiples. Je vous facilite la tâche avec deux d’entre elles qui me paraissent fondamentales.

La première : je me sentirais à l’aise dans mon rôle de chantre de vos exploits. Majesté trois fois, Sage dix fois, et Souverain mille fois. Vous avez remporté la grande bataille contre les horribles invasions d’empires voisins, gloire et honneur vous soient rendus. Par la même occasion vous avez décidé d’oublier les crimes odieux et souffrances atroces qu’ils nous ont infligées en les amnistiant sans la moindre pudeur. Je chanterais ce mérite sur le toit du monde car vous êtes exceptionnels sur ce point précis.

Le Roi très proche des soucis du peuple, très attentif à leur desiderata et autoritaire quand il le faut. Qui ignore que vous êtes le seul à décider du sort et de la conduite de votre royaume. Vous avez beaucoup fait pour ce grand royaume qu’est le Congo. Une autoroute sans pareille a été construite dans le chef lieu et certains sujets se complaisent à y marcher pieds nus vu la complexité de sa beauté et de sa taille. Les «chauffards», apprentis conducteurs s’adonnent à y rouler à tombeau ouvert, par voie de conséquence, cognent en toute impunité les pauvres femmes, vieux, enfants qui tentent de traverser sous les regards moins attentionnés de vos gardes de circulation routière ou feux. Hélas, personne n’a été formé quant à son fonctionnement – et qui pis est, même les bourgeois brûlent ces feux car disent-ils, nous sommes au Congo, la justice est injuste et inique. Le Roi, c’est mon pote. Dans tout le Royaume, sauf bien évidemment dans la cour, – et c’est le terreau de mon offre, je tiens à tout prix à quitter ce fossé, ce gouffre, cette précarité pour vivre normalement. Moi j’ai pris soin de vous écrire et vous allez, au regard de ce que je ferais pour vous, accepter ma candidature sans vous faire prier.

Vos sujets assouvissent leur soif de manière naturelle auprès des cours d’eaux les entourant, lac, rivière et fleuve, rivière et ce au péril de leurs vies. Pourquoi leur aménager des points d’eau potable ou leur faire parvenir l’eau potable dans leurs maisonnées? Le peuple docile du Royaume doit être misérable me dit-on! Ils risquent de se prendre pour des privilégiés ou proches du roi. Sur ce point je leur dirais en plus, cherchez avant tout à entrer dans la cour des grands – entendez bourgeois. Dans le jargon actuel cela veut dire, devenez: ministre, colonel, sœur du Roi (même par procuration), ou très incroyable, le pasteur de la mère du roi, sacrée fonction- pour jouir des merveilles de la terre. Eau, électricité, bonne santé, éducation à la pointe, infrastructures exceptionnelles et emploi décent. Ce n’est pas vous qui allait changer la nature. Les cinq doigts de la main sont différents et donc il y aura toujours sur cette terre des riches et des pauvres. Bref sur ce point crucial de la quête du bien être des administrés, je leur dirais qu’il faut poser le problème à qui de droit! La communauté internationale!

Je leur dirais qu’être Roi est très compliqué et complexe à la fois. Il y a beaucoup de problèmes à résoudre se rapportant à la souveraineté et la protection de la famille et des amis du roi. En bon manager, vous avez décidé de diviser le travail. Honneur militaire, gloire du peuple, impôts, taxes etc., vous reviennent de facto. Tout ce qui touche au bien être du peuple; défense, droits, santé, énergie, alimentation, routes, ponts, rails et même diplomatie, bref vos anciennes missions régaliennes, modernité oblige, sont gérées par la communauté internationale. Oups ! Je voulais désigner les puissances extérieures!!! En plus, vous les avez à l’œil. Vous suivez tout et contrôlez ce qui se passe. Aucune incompétence et dérapage ne sont autorisés. Sinon ils plient bagages et renvoyés chez eux comme l’a fait l’un des royaumes voisins du Congo qui a expulsé sans ménagement les employés d’un organe de cette communauté internationale. Belle expérience et leçon qui prouve que les rois ne tolèrent pas ceux qui se mettent en travers de leur succès et mode de gestion. Dans ce royaume voisin, chaque semaine, un diplomate est expulsé. Pudiquement je dirais, chaque semaine un diplomate s’en va.

Je m’étais tellement concentrée sur la première tâche combien importante de chanter vos louanges que j’ai failli oublier de vous parler de ma deuxième mission. Je serais commis à la sous-traitance  de la communauté internationale afin de prévenir et éviter l’immixtion dans les affaires de la cour. Depuis votre avènement à la tête du Royaume, en succédant à votre père sur le trône, les anniversaires de sa mort se succèdent sans que vous soyez présents à toutes ces commémorations. A certaines, vous avez du mal à vous dégager de vos occupations plus importantes que sa mémoire. A la mort du grand roi que vous avez succédé, les bonnes volontés ont afflué de partout pour aider votre royaume qui se mourrait à petit feu. Les «élections libres, démocratiques et transparentes», limon fertile et incontestable qui a confirmé votre engagement sans faille à servir, Zut! Pardon j’ai failli dire que cela a confirmé votre engagement à vous servir du peuple pour leur bonheur. Ne sont-ils pas vos sujets? Ne pas reconnaître leurs efforts, relève de la mauvaise foi. Or un roi sage, fort, doux et extrêmement silencieux comme vous l’êtes parfaitement ne peut qu’avoir la bonne foi. Et vous en faites preuve par votre mutisme royal. La mauvaise foi et autres antivaleurs c’est l’opposition! Le roi règne et l’opposition s’oppose, dirais-je.

Ma mission sera donc simple. Ceux qui ne vous reconnaissent pas, croient toujours à ce fameux adage; «la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit. C’est vraiment pathétique s’ils n’ont pas compris votre slogan qui passe pourtant à longueur des journées, comme si les belles chroniques d’histoire du pays manquaient sur toutes les chaines nationales de votre obédience, la majorité d’ailleurs, soit carrément toutes. Vous y êtes dépeint comme le seul à détenir la connaissance et l’intelligence. Le plus jeune des rois d’Afrique. Un message vrai et utile au peuple ne peut qu’être diffusé par nous vos chantres. Oh pardon je n’en suis pas encore une, mais futur chantre de vos louanges. Je m’y vois déjà. Vu vos missions, vous n’avez pas le temps de communiquer, vous êtes très sage et doux. Et le pays va mieux qu’il y a dix ans! Mon œil! Il y a de plus en plus des débats sur vos prises de position. Ceux qui ne le voient pas n’ont qu’à vous suivre quand vous parlez comme vous parlez aussi souvent. L’opposition ferait mieux d’aller s’opposer ailleurs mais pas sur les antennes des médias que vous privez d’énergie et de signal à votre guise.

Je dois parler du slogan. Dans notre royaume, la main qui vous donne – merci c’est gentil – ne doit pas s’aviser à vous prodiguer des conseils sur la gestion orthodoxe de ladite aide. Ils devront se contenter de bouffer leurs salaires colossaux et primes de risques; le trois quart de l’aide apportée, un point c’est tout. Et le reste à la royauté. Normal d’ailleurs! La dernière rencontre que vous avez eue avec eux était très déterminante. Vous leur avez dit de ne pas rassembler vos détracteurs – à votre insu- très régulièrement en vue de traiter des sujets futiles et qui naturellement vous fâchent ardemment.

VOTRE CHAISE ROYALE! Majesté trois fois, Sage dix fois, et Souverain mille fois. Embauchez moi et vous verrez que plus personne ne parlera de ce sujet. Trop c’est trop. Où as-t-on vu un roi, à peine qu’il accède à son trône lui demander de préparer sa succession (le gars, prince  junior n’a que dix ans; il n’est pas encore majeur. Sa sœur est encore adolescente! C’est eux qui nous clament égalité des chances, parité, respect genre!) ou pire son remplacement? Des lois impossibles avec articles creux r respect de la démocratie, gouvernance, mandat, j’en oublie d’autres, sortent de je ne sais où. Je leur transmettrais votre vision sur cette question. Qu’il s’assure qu’après votre sortie au pouvoir, plus personne ne viendra évoquait le mot justice derrière votre dos. Et surtout qu’il vous trouve un autre et meilleur job. Je ne sais dire emploi!!! car je garde le secret, le mur ont des oreilles! Sénateur à vie! Personne ne remettra en cause vos compétences vu votre gestion du pays depuis plus de dix ans. Il n’y a pas meilleure coop, ni séhému (dossiers Pétrole, Mines, Bois…)comme c’est le cas actuellement.

Pitié! Qu’on vous laisse en paix s’ils n’ont pas trouvé autre chose à dire ou à faire à part s’occuper des soucis de vos administrés. Ce discours très net, vous tiendrez! Mon peuple restait calme, je suis le maître du royaume Congo!» Tant qu’ils ne se soulèveront pas; d’ailleurs pour leur information, l’instruction est tombée, la police et l’armée devront veiller à ce qu’aucun germe de révolution populaire ne pousse (les moyens sont mis à leurs dispositions, armes lourdes, chars, gaz lacrymogène etc.) d’où qu’il vienne et bien sûr détaler quand l’ennemi fait son entrée à l’est ou partout ailleurs. Comme ils le font ces vaillants hommes d’armes. Nos ennemis d’hier sont nos amis d’aujourd’hui. Comme on dit en politique, rien n’est figé. Les alliances se font et se défont. !!! Sacré roi!

Pour la justicte sociale, la dignité humaine et la paix véritable au royaume Congo, je lutte.

Depuis l’est du Royaume, une prolétaire.

10 Des réflexions sur “Lettre au Roi du Congo

  1. J’apprécie le ton ironique du billet. Les anciens colonisés sont devenus des monarques des temps modernes pour leur peuple. La démocratie africaine n’existe que dans les textes et l’indépendance politique est encore à rechercher. Prions pour un meilleur devenir du continent.

  2. Pingback: Dictatures africaines, la jeunesse est complice | Carioca PlusCarioca Plus

    • Cher Serge, merci pour ton post. Tu es unique. Pour le reste, tu vois que je ne crois pas du tout aux valeurs de la démocratie!!! Long débat je sais. Mais il y a un certain nombre d’efforts à fournir avant de prétendre matérialiser ce concept dans nos mentalités africaines.

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