Incursion des armées étrangères au Nord-Kivu : haro d’une Congolaise

Un soldat congolais exhibe fièrement l'insigne du Rwanda qu'il affirme avoir trouvée sur un uniforme laissé à Rutshuru vers Chanzu, mardi 5 novembre 2013.

Un soldat congolais exhibe fièrement l’insigne du Rwanda qu’il affirme avoir trouvé sur un uniforme laissé par les rebelles du M23 à Rutshuru vers Chanzu, mardi 5 novembre 2013.

Un penseur et philosophe avait écrit cette phrase sur mon pays : « Le propre de la guerre est qu’elle est sale, mais celle qui se passe au Congo est tellement odieuse ». Aujourd’hui, j’approuve sa thèse, car le degré de mon indignation face à la guerre inutile qui mine ma région a atteint son paroxysme.

Une semaine après la victoire militaire de l’armée loyaliste, les FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo) appuyées par la brigade d’intervention de  la Monusco (Mission de l’ONU pour la stabilisation en République démocratique du Congo) contre les rebelles du M23 qui occupaient illégalement le territoire de Rusthuru, vingt mois durant; la  nouvelle à couper le souffle est tombée – comme un cheveu dans la soupe – dans mes oreilles :

Près de cent militaires rwandais ont investi le sol congolais dans la localité de Murambi située dans le territoire de Nyiragongo à environ trois kilomètres de la ville de Goma, le 11 novembre 2013. Et comme si cela ne suffisait pas, une autre information diffusée à la radio onusienne, la radio Okapi, antenne de Goma faisait état d’un assassinat par des rebelles ougandais des ADF-Nalu dans le territoire de Béni, de trois civils qui revenaient de leurs champs. Sans oublier, le rapt toujours grandissant et aujourd’hui, on parle de près de 800 civils enlevés (femmes, médecins, prêtres, enfants, etc.) des actes revendiqués depuis 2010. Jusqu’à ce jour, rien n’a été fait pour les extraire des mains de ces rebelles. 

Même en rêve, ce genre d’information agace plus d’un. Le hic, c’est bel et bien vrai, les faits se sont produits.

La mesquinerie du pouvoir actuel congolais frise une trahison sans précédent. Sinon, comment face à ce problème très sérieux de menace d’intégrité du territoire national, de porosité des frontières, d’enlèvements de  centaines de citoyens et de misère indicible de la population, conséquences de tous ces maux.  Rien de rassurant – du genre déclaration de l’Etat de guerre contre le Rwanda, l’Ouganda, etc.- ne fuse à Kinshasa, le siège des institutions.

Cette illustration me paraît idoine pour expliquer ce phénomène.

Un propriétaire d’une maison constate que quand il pleut, sa résidence suinte le long des murs de la chambre de ses enfants. Au lieu de décider d’identifier le trou sur son toit et obstruer le passage de l’eau à l’avenir; non seulement il se met à maudire le ciel pour avoir fait tomber la pluie, mais également il prie et demande à « dame la pluie » de ne pas tomber dans le futur, ou si c’est le cas, en tout cas pas chez lui.

Aidez-moi à qualifier cette misère mentale, manque de réflexion ou carrément folie, si on veut vraiment appeler le chat par son nom.

(Ses enfants diront tout simplement et sans ambages, il y a danger, nous avons des parents irresponsables. Prenons nous-mêmes les choses en main, sinon, nous mourons.)

Si ce n’est pas du cynisme, c’est de l’irresponsabilité politique que d’attendre une solution politique à une agression manifeste. Alors que l’on sait très bien que le monopole de la violence revient à l’Etat, aux forces de sécurité. Depuis quand on négocie avec Satan, le ciel. Soit on se complaintt à la vie de l’enfer ou carrément on prend Satan pour Dieu. De deux choses l’une.

Pour revenir à notre sujet, Kinshasa doit des explications à la population longtemps meurtrie de l’est de la RDC. Les méthodes efficaces, pour qui veut écouter et qui ne se prend pas pour savant, existent pour mettre fin de manière durable à ce cycle de violence nous imposée. Des millions de morts, des femmes violées, des milliers de réfugiés et déplacés internes et une psychose du chaos permanente. Trop c’est trop. Si la tâche s’avère ardue et au-dessus de leurs capacités physiques et mentales, un conseil d’ami, démissionnez déjà ou le peuple vous y contraindra. Bien que ce mot soit exclu si pas méconnu d’hommes politiques du continent, mais vous conviendrez avec moi que le mot démocratie est aussi étranger à l’Afrique. Donc il n y  a pas d’excuse devant une trahison avérée.

Nos forces de sécurité ont subi de formations appropriées pour renforcer leurs capacités par les Belges, les Chinois, etc. L’embargo sur l’achat d’armes a été levé pour la RDC, ne nous trompez pas. Pourquoi assiste-t-on de manière impuissante au massacre des citoyens ? Vous me direz, oui la communauté internationale (favorable au processus politique pour une paix en RDC) s’est beaucoup investie dans la crise congolaise (avec l’avènement de la plus grande mission onusienne déployée chez nous depuis quatorze ans déjà. La Monusco pour ne pas le citer) et que par conséquent, nous sommes tenus  de leur informer au préalable de toute entreprise de guerre chez nous. Je récuse en bloc cette croyance impérialiste. Nulle part, dans la charte des Nations unies, il n’est stipulé que les pays membres sont dépendants du Conseil de sécurité en matière de paix et sécurité. Tous les Etats du monde sont tenus – du moins pour ceux qui y croient – d’exercer leur souveraineté à tout temps.

Un autre argument, je le qualifie souvent de puéril, et que certaines de  mes connaissances ne cessent d’alléguer; quand on parle paix chez nous : « La guerre c’est la dernière  solution à envisager dans toute crise, car les dommages tant humains que matériels sont incalculables ». Aujourd’hui je réagis, car  le Congo, mon pays connaît une longue crise, exceptionnelle au monde. Dans la situation actuelle que nous vivons au Kivu, de ni paix, ni guerre, nous mourons. Le sang des innocents coule à flots, des milices populaires se créent au jour le jour pour pallier ce déficit de présence d’Etat dans tous les territoires du Kivu, mais en vain. On  tombe dans le piège de toutes les rebellions du monde, tuer les civils, piller, violer pour se faire entendre.

Il n y a pas de développement sans paix. La paix c’est le nouveau mot du développement, disait un philosophe.

On dit souvent que la démocratie suppose le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple.

Je me considère comme peuple et j’ai dit.

7 réflexions sur “Incursion des armées étrangères au Nord-Kivu : haro d’une Congolaise”

  1. Pingback : 5 choses qui font du Rwanda, l’Edolarado des congolais de Goma – CELESTINE 4 WHRDs

  2. la declaration de guerre pendant que nous sommes dans un gouvernement complice des voisins agresseurs par son omission n’est pas envisagable au risque de sacrifier LE PEUPLE. Ce qui m’emmene a croire a l’adage:  »baise la main que tu ne peux pas vaincre et prie qu’elle se brise ». Je serais d’accord avec vous si le concept  »le peuple se prendra en charge » signifie se debarasser de cet regime  »vempire » plutot que de s’engager dans une guerre dont l’echec est bien certain.

  3. Je suis parfaitement d’accord avec ton indignation. Mais je trouve que la stratégie que tu proposes pourrait ne pas être la bonne. Une déclaration de guerre mais fut-elle dissuasive de la RDC contre ses voisins rwandais et ougandais ne saurait apporter une solution à la crise. Je trouve tout simplement que le gouvernement de Kinshasa doit « se soumettre » aux négociations et accepter aboutir à un « accord » avec le M23 afin d’espérer une accalmie durable et le retour de la paix dans la région. Je peux bien être dans le faux mais c’est mon analyse Chère Chantale.

    • Cher ami Rocher, à première vue, tu simplifies les choses comme si ça ne dépendait que d’un seul enjeu pour résoudre ces conflits armés en RDC. Se soumettre c’est trop dire. Un gouvernement responsable ne se laisses pas guider par les sentiments de pitié face à une menace avérée d’accaparement de ses terres? Même un voleur sait d’emblée qu’il risque gros en allant volant chez autrui, car tout peut arriver. Mais en RDC, les voleurs sont cajolés et écoutés. Où a-t-on vu ça? Nous sommes un peuple respectable et on ne doit pas se laisser berner par de politique de basse intensité. Un congolais ça se respecte, ça ne s’humilie pas.

  4. Bon courage et saches que le combat que tu mène est digne et courageux car le Congo a besoin de millions de personnes comme toi pour arrêter ce massacre ignoble qui a trop duré. Je suis de tout cœur avec toi et j’espère que dans un avenir très proche, au Congo comme partout en Afrique la PAIX et le PROSPERITE DES PEUPLES ne seront plus que des réalités quotidiennes…Que Dieu nous entende et nous bénisse. VIVE AFRICA
    espritafricain.mondoblog.org

    • Merci beaucoup Barack. A mon humble avis, il est de notre droit de faire valoir nos droits. Le politique ne doit pas prendre en otage tout un peuple sans faire scandale. Quand on bafoue ta dignité de peuple souverain, il est très normal de réagir mais de manière très constructive. Il y a un temps pour tout.

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